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L’art de mettre son modèle à l’aise

Quand on débute dans la photographie et qu’on a jeté son dévolu sur le portrait, généralement, on commence par son entourage. Seulement un jour vous décidez de vous lancer, et de photographier une personne avec qui vous n’avez aucune accointance. Après moult recherches, ça y est enfin. Vous avez trouvé votre modèle, votre thème est en place, vous avez le lieu parfait : il est temps d’aller au front. Le bémol, c’est que vous ne connaissez le modèle ni d’Ève ni d’Adam, et vous ne savez pas vraiment comment faire pour que les choses se passent bien. Après tout, mettre le modèle à l’aise, c’est important : qu’il s’agisse de modèles confirmés, débutants ou de particuliers ne possédant aucune expérience, tout le monde aime travailler dans une ambiance détendue (mais professionnelle. Se déshabiller n’aidera personne à se détendre). Cependant, il suffit de ne pas être très à l’aise en société pour transformer ce léger obstacle social en véritable parcours du combattant. Grâce à mon expérience personnelle mais aussi à la participation des adorables personnes qui ont répondu au sondage sur ma page, voici mes vingt (et quelques) règles pour vous aider à mettre son modèle en confiance.*

*il ne s’agit que de ma vision des choses, chaque personne a la sienne, et c’est tant mieux. Aussi aucun des points ici abordés n’est une vérité générale, n’hésitez pas à adapter votre routine de séance en fonction de vos préférences et de la personne avec qui vous travaillerez! Et n’hésitez pas à partager vos astuces dans les commentaires!

Règle n°01 : Ton matos, avant de partir tu vérifieras

En tant que personne -très- distraite, ce point est toujours effectué la veille au soir suite à de nombreux oublis. Accordez-vous dix minutes pour préparer votre matériel et vérifier que tout est là. Appareil, cartes mémoire prêtes à l’emploi, batterie chargée au max, réflecteur, objectifs que vous aurez préalablement nettoyé… tout doit être impeccable et rangé dans votre sac. Vous vous épargnerez à la fois de courir partout avant de partir en séance, mais aussi d’avoir l’air terriblement peu professionnel aux yeux de la personne que vous rencontrez pour la première fois.

Règle n°02 : En avance, sinon à l’heure, toujours tu seras

Encore une fois voilà un point sur lequel je dois moi-même travailler. Si arriver à l’heure est la moindre des choses, arriver en avance, c’est le must. Bien sûr, on peut excuser de légers retards, après tout, personne ne peut être tenu pour responsable d’une rame de métro en panne ou d’un embouteillage. Mais le retard vous mettra tous de mauvaise humeur, et on peut rêver mieux comme première impression. Le mieux reste encore d’arriver un quart d’heure avant l’heure de la séance sur le lieu de celle-ci, afin de vérifier son accessibilité (surtout si vous shootez en extérieur comme c’est mon cas), mais aussi sa configuration, et de réfléchir d’ores et déjà aux endroits que vous souhaitez exploiter.

Règle n°03 :  De te détendre un peu, le temps tu prendras

Si vous avez suivi les règles, le fait d’être arrivé en avance vous confère un peu de temps pour souffler. Prenez le temps de respirer, de vous détendre. Ecoutez un peu de musique, lisez ou faites un mini-jeu sur votre smartphone, bref, aérez-vous un peu la tête. Faites quelque chose qui vous rend serein : si vous ne l’êtes pas, n’espérez pas que la personne en face de vous le soit pour deux.

Règle n°04 : Beaucoup parler à ton modèle, tu devras

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Le modèle est enfin arrivé, et c’est à vous de prendre les devants. Parfois le feeling passe instantanément, parfois il faut se forcer un peu. Saluez-le, demandez-lui s’il a trouvé facilement, parlez-lui un peu de vous, de ce qui vous a mené à vous lancer dans la photo. Si vous n’êtes pas doué pour parler de vous, il vous suffit d’axer la conversation sur votre modèle. Posez-lui des questions : faites-le parler de lui, demandez-lui avec combien de personnes il a déjà travaillé, quels sont ses passe-temps, bref vous avez des tonnes de sujet somme toute assez classiques à aborder avec votre modèle. Essayez au maximum d’éviter les blancs dans la conversation. L’humour est toujours un plus, et n’hésitez pas à sourire souvent. Le fait de parler un peu vous permettra de créer une atmosphère plus complice, qui s’en ressentira toujours sur la qualité de vos clichés. Prenez cependant garde à ne pas être intrusif : vous voulez certes mettre votre modèle à l’aise, mais si une blague graveleuse pourrait passer sans problème auprès de vos amis, n’oubliez pas que vous avez un inconnu en face de vous, qui ne connaît ni vos opinions ni votre type d’humour. Ce serait dommage qu’un excès de zèle produise l’effet totalement opposé de celui que vous cherchiez.

Règle n°05 : Un briefing circonstancié tu feras

Certes votre modèle sait déjà pourquoi il est là : vous avez déjà stipulé dans votre prise de contact que vous vous orienteriez sur une séance mode par exemple. Mais il convient de lui répéter encore une fois, de lui donner les détails de ce que vous avez prévu, sur l’ambiance que vous souhaitez donner à la séance. Plus vous en dites à votre modèle, plus efficace il sera lors de la prise de vue. Si vous voulez des prises de vue donnant une impression mélancolique mais que vous n’en informez pas le modèle, il va être difficile d’obtenir ce que vous désirez. Et n’hésitez pas à vous répéter, que vous en ayez parlé la veille via texto ou pas : même si le modèle sait parfaitement ce que vous attendez de lui, le lui répéter ne fait jamais de mal.

Règle n°06 : Si tu travailles sous contrat, rapidement tu le signeras

Le contrat, beaucoup de personnes font sans. Mais si vous faites avec (et vous avez raison), le mieux reste encore de le faire signer avant que la séance ne commence. Comme ça on en est débarrassé et on passe au vif du sujet. Des tonnes de modèles gratuits de contrat photo sont disponibles sur internet, il ne vous reste qu’à les imprimer et les faire signer le jour J.

Règle n°07 : À un endroit pour se changer tu penseras

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Evidemment, c’est une condition plus difficile quand on shoote en extérieur, mais quand on est en studio, il suffit de quelques draps et de deux ou trois pinces pour fournir à votre modèle un endroit où enfiler sa tenue. Si la séance est prévue pour du nu, pensez à fournir un peignoir, c’est quand même plus sympa. Pour l’extérieur, pensez d’abord à sécuriser le périmètre (en vérifiant que personne ne se trouve près de l’endroit que vous avez choisi pour que votre modèle se change). Mettez vous dans un angle de mur et tendez un drap devant vous, ou si vous avez un grand réflecteur comme c’est mon cas, utilisez-le pour barrer la vue à d’éventuels badauds. Si vous pouvez vous le permettre, investissez là-dedans.

Règle n°08 : De ta séance, une idée globale tu auras

Lorsque la séance commence, il vaut mieux éviter de se demander quoi faire. Marquer un temps d’arrêt pour décider de la prochaine pose n’est pas un problème. Béer pendant cinq minutes en cherchant désespérément comment continuer la séance, c’est déjà plus gênant. Sans aller jusqu’à créer un plan détaillé, essayez de découper votre séance en axes tout en respectant l’ambiance que vous souhaitiez y donner : par exemple commencez avec les poses en pied, puis les portraits… La gestion de la séance aura l’air bien plus fluide si vous établissez un fil conducteur.

Règle n°09 : Avec ton équipement, doucement tu iras

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Cette règle est valable essentiellement avec des débutants : évitez de leur sortir tout votre stock d’objectifs, vos six flashs cobra et votre collection complète de softboxes. Non parce qu’un néophyte ressentira bien assez de stress sans que vous lui colliez l’intégralité du rayon photo de la FNAC sous le nez du premier coup. Prenez l’essentiel, voire un peu plus au cas où, mais ne faites pas de zèle. Et surtout, amenez du matériel que vous connaissez. Rien de pire que mettre vingt minutes à comprendre son nouveau matériel sous les yeux lassés du modèle qui poireaute. Au mieux, gardez votre nouvel équipement pour la fin, et précisez au modèle qu’il s’agit d’un test, que vous ne connaissez pas encore la bête, bref, expliquez-lui la situation. Le modèle se sentira peut-être même un peu rassuré de voir que vous aussi, parfois, vous ne savez pas trop où vous allez.

Règle n°10 : En conditions délicates, ton modèle tu choieras

Votre modèle a accepté de poser pour une séance en conditions spéciales. Pour ceux et celles qui l’ignorent, une séance en conditions spéciales veut dire du don de soi. On est loin de la séance en studio dont le seul problème est de supporter la chaleur des éclairages. Là on est dans du machiavélique. Robe légère par température négative, séance dans l’eau hors-saison, crapahutage dans la neige ou, totalement au hasard, bougies fondues sur la colonne dorsale : votre modèle a signé pour en chier. N’oubliez pas que votre modèle est un être humain. Si vous shootez par température frisant la surface du soleil ou, comme c’est très souvent mon cas, dans un environnement qui ne dépayserait pas un pingouin, une bouteille d’eau fraîche ou un thermos de café chaud auront toutes les chances d’être accueillis comme le Messie par les Chrétiens. Choyez votre modèle, et surtout, compatissez. Il n’y a rien de pire que se faire sermonner quand on grelotte de froid en bustier par quelqu’un qui porte trois pulls et une écharpe.

Règle n°11 : Pour détendre l’atmosphère, de la musique tu mettras

Je suis la première à l’oublier, mais la musique est un énorme coup de pouce niveau ambiance de chaque côté de l’appareil, en particulier quand on a peur des longs silences. Proposez à votre modèle de mettre sa playlist si vous êtes en studio avec ordinateur à proximité, ou investissez dans un haut parleur bluetooth pour vos séances d’extérieur. Si vous avez une idée très précise de l’ambiance que vous voulez, vous pouvez composer une playlist collaborative avec le modèle pour que tout le monde se sente motivé par la musique diffusée en séance !

Règle n°12 : Avant de shooter, t’échauffer tu devras

Prévenez votre modèle que les premières photos sont là comme un test lumière, pour vérifier que les réglages tiennent la route, et commencez à le prendre en photo, même s’il ne fait pas attention à l’objectif, puis commencez doucement à lui donner des directives. Le but réel est, outre de se permettre quelques minutes pour adapter vos réglages, de montrer à votre modèle la manière dont vous travaillez, la place que vous allez prendre dans son espace vital. C’est toujours mieux de commencer de loin avant de s’approcher pour des portraits, même si vous savez que vous ne les garderez pas.

Règle n°13 : Si problème il y a, jamais tu n’en parleras

Il est très important que votre modèle ait l’impression que tout va bien, même si tel n’est pas le cas. Autant que possible, retenez-vous de grogner parce que vos réglages ne sont pas bons, que votre carte est pleine ou que votre batterie donne des signes de faiblesse. Si jamais ça vous échappe, expliquez immédiatement au modèle ce qui vous gêne, afin qu’il comprenne bien qu’il n’est pas en cause, et qu’il reste aussi assuré et concentré que possible. Aucun d’entre nous n’aimerait entendre un « oh là là, c’est complètement raté » en entrant dans une pièce, n’est-ce pas? C’est l’impression qu’a le modèle, quand il est occupé à tenir une pose et qu’il vous entend maugréer dans votre coin. Difficile de ne pas se sentir concerné. Donc, autant que possible, gardez les problèmes que vous rencontrez pour vous.

Règle n°14 : Régulièrement de ton modèle, l’éloge tu feras

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Franchement, être devant l’objectif, c’est pas évident. Vous ne savez jamais de quoi vous avez l’air. Rappelez vous l’expression crispée que vous prenez chaque fois que votre tante veut faire une photo de famille… Le meilleur moyen de conforter votre modèle dans l’idée qu’il fait du bon travail et que vous êtes satisfait, c’est de le lui dire. Car, aussi incroyable que ce soit, le modèle n’est pas devin. Dites-lui que vous aimez beaucoup la pose qu’elle vient de prendre, que les photos sont super, bref, parlez-lui, encouragez-le. Si vous lui faites prendre une pose peu naturelle, expliquez-lui ce que vous recherchez, ainsi il ne se sentira pas stupide. La dernière des choses à faire est de reprocher quelque chose à votre modèle. Rectifier son port de tête ou son maintien, oui. Lui faire une remarque désobligeante sur son nez ou les capitons de ses cuisses, non.

Règle n°15 : En toute situation, le patron tu resteras

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Si vous êtes réglo, vous accepterez que vos modèles amènent quelqu’un en séance. Cela reste particulièrement indiqué en cas de première rencontre, et systématiquement en cas de lingerie ou de nu. Comprenez bien que les photographes mal intentionnés pullulent, et qu’il s’agit d’une assurance que les choses se passent bien. Un photographe qui refuse une présence tierce sur son shooting sera forcément perçu comme ayant quelque chose à se reprocher. Pour autant, c’est difficile de travailler en présence d’un tiers qui n’a aucun rôle dans la séance. Le mieux reste encore de lui assigner un rôle. Porter un réflecteur ou rediriger les lumières pour les séances en studio, garder les sacs ou apporter les accessoires en séance d’extérieur : il existe plein de moyens de rendre l’accompagnateur utile. Cependant, tout le monde n’est pas aussi respectueux du travail d’autrui. Si l’accompagnateur distrait le modèle -sans votre approbation, car rien n’est plus efficace pour obtenir un sourire sincère chez votre modèle qu’un accompagnateur- ou qu’il lui donne des directives (c’est souvent le cas chez les mamans accompagnatrices…), ou pire encore, comme ça m’est arrivé plus d’une fois, qu’il se poste à côté de vous pour mitrailler la scène avec son smartphone pour tout poster sur Instagram, c’est beaucoup plus compliqué. Pour ne pas prendre trop de risques, briefez votre modèle sur la conduite que vous attendez de l’accompagnateur avant le jour de la séance, et rappelez-le au principal concerné le jour J. N’hésitez pas à imposer vos règles avec fermeté, sans pour autant vous montrer discourtois.

Règle n°16 : Très souvent, ton modèle tu dirigeras

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Si vous avez la chance de travailler avec un modèle confirmé, vous n’aurez pas besoin de le diriger. C’est ce qui en fait un modèle confirmé d’ailleurs : il sait quelles poses le mettent à son avantage, et n’a pas besoin d’être placé : une simple directive et ils se mettent en mouvement, touchant leurs cheveux, réajustant des vêtements, regardant dans plusieurs sens afin de vous permettre d’obtenir le maximum de clichés en un minimum de temps. Mais si vous débutez, vous aurez plus probablement affaire à des personnes qui auront au mieux quelques séances à leur actif, et qui ont encore besoin d’être dirigées. Ce n’est pas une honte, mais une marque de confiance : le modèle a besoin de vous pour le mettre en valeur, et vous ne devez pas hésiter à leur donner les directives correspondant aux poses que vous souhaitez. Pour autant, tentez de les rendre moins statiques en leur proposant de partir d’une pose définie, et d’improviser un peu. Ne les laissez pas livrés à eux-même, mais pour autant, ne faites pas tout le travail.

Règle n°17 : En aucun cas, ton modèle tu ne toucheras

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D‘un point de vue importance, cette règle aurait dû se situer en top list. J’ai déjà écrit un article complet sur le sujet, mais je ne le répéterai jamais assez : un modèle est un être humain qui a une passion pour l’objectif. Pas un bout de viande qui, sous prétexte qu’il aime être photographié en string, est à votre disposition pour des activités hors du cadre photographique. Quel que soit votre orientation sexuelle personnelle, le genre de votre modèle, ou le nombre de vêtements que celui-ci porte : vous n’êtes pas autorisé à le toucher.
Parfois vous aurez besoin de replacer une mèche de cheveux ou un vêtement : autant que possible, indiquez au modèle ce qu’il faut rectifier et laissez-le faire. Si vous êtes amené à le faire vous-même, prévenez le modèle avant, et laissez lui le temps de manifester un éventuel refus. Cela s’appelle demander, et beaucoup de photographes pourtant anciens dans le métier devraient essayer. Remettez la mèche ou le vêtement à sa place, pas de mains baladeuses, et continuez la séance.

Règle n°18 : Pour ton modèle diriger, la pose tu devras montrer

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Eh oui, rien de tel qu’un peu de mimétisme pour montrer à votre modèle ce que vous attendez de lui ! C’est tellement plus rapide que de lui décrire la pose que vous souhaitez… Agissez comme si vous étiez son reflet, montrez où vous désirez qu’il pose ses mains, la position de ses jambes… je fais ça presque systématiquement, parce que ça marche parfaitement, en particulier avec les débutants, sans avoir besoin de les toucher. Pour autant, n’hésitez pas à encourager les initiatives personnelles de votre modèle.

Règle n°19 : Si satisfait.e tu es, tu le montreras

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Vous trouverez peut-être que cette règle est redondante puisque la n°14 vous encourageait à féliciter votre modèle. Mais là, il s’agit d’un autre point, celui du résultat. Lorsqu’une pose a été particulièrement difficile à tenir, que le modèle tremble à cause du froid mais que vous êtes ravi du résultat, montrez lui pour quoi il a souffert. Une image montrée par-ci par-là est plus puissante que tous les encouragements du monde. Personnellement, une fois la séance terminée, je fais défiler l’intégralité des photos prises en vitesse accélérée sur mon boîtier, ce qui permet au modèle d’avoir un petit « film » de sa performance lors du shooting. De quoi bien terminer, une fois la séance finie et le modèle au chaud !

Règle n°20 : À t’amuser, n’hésite pas

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Avec une attitude positive, on arrive à faire des merveilles. Si vous aimez ce que vous faites, et que vous comparez plus volontiers une séance photo à un événement agréable qu’à un devoir, ça se ressent immédiatement. Soyez toujours content de ce que vous shootez, amusez-vous, proposez des idées originales et sympa, et restez agréable !

Voilà, si vous êtes débutant j’espère vous avoir aidé, si vous ne l’êtes pas, je suppose que je ne vous ai rien appris, mais au moins que je vous ai distraits.
Comme d’habitude, n’hésitez pas à interagir en commentaires et à partager vos astuces!

[DOSSIER] Lingerie et Nu : Comment ne pas être un photographe chelou

Derrière ce titre tapageur, il s’agit d’un article à l’usage de mes collègues masculins.
Il y a peu d’emplois en France dans lesquels être une femme est plus avantageux qu’être un homme, et photographe en fait partie. En effet, comme certains d’entre vous peuvent s’en être rendus compte, trouver des modèles pour s’essayer à la photo de boudoir ou de nu s’avère un véritable parcours du combattant quand on est un représentant de la gent masculine.

Je tiens à mettre les choses au clair : je ne fais pas d’amalgame. Tous les photographes masculins ne sont pas des pervers à l’affût de la moindre proie facile. Je n’écris pas cet article pour dénoncer les photographes véreux qui profitent de la naïveté d’autrui ; je ne l’écris pas non plus pour vous juger et vous dire que vous ne faites rien comme il faut. Je l’écris en guise de prévention. Un de mes amis a lu le brouillon de ce que vous lisez actuellement et m’a confessé être troublé parce qu’il aurait spontanément agi, sur quelques points, de la manière que je conseille d’éviter dans les points cités plus bas. Je l’écris parce qu’il vous faut comprendre que c’est à vous de faire l’effort, non aux modèles de se prémunir contre vous. Cet article n’est pas non plus un listing des points à respecter pour ne pas se faire choper : si vous respectez les points que je souligne, il n’y a plus de place laissée au harcèlement.

Je n’ai pas vraiment envie d’écrire cet article, parce que je pense que ça ne devrait pas avoir besoin d’être dit, et la majorité d’entre vous ne liront ici que des choses qui, par votre éducation, vous semblent logique. Pour vous messieurs, j’enfoncerai clairement des portes ouvertes. Cependant, un afflux continu de messages que relaient les modèles sur des groupes dédiés me pousse à penser que cet article mérite d’être écrit. Je tiens bien à préciser que je ne confonds pas les photographes et les pervers qui pullulent dans le monde de la photo. Seulement on ne photographie pas un homme comme on photographie une femme, et il est important d’en tenir compte lors de vos interactions avec les modèles. Expérimentées ou débutantes, nombreuses sont les modèles qui ont vécu ou entendu parler de témoignages horribles sur le comportement de personnes qui de toute évidence, n’ont pas jugé utile de faire la distinction entre le professionnel et le personnel.

Quand on parle de son métier aux amis qui nous entourent, il y en aura toujours un qui vous dira que ça doit être sympa, de voir de la donzelle dénudée. J’imagine que c’est un phénomène qui existe depuis très longtemps, et on ne peut endiguer ces hommes qui n’entrent dans l’univers de la photo que pour pousser leurs sujets à retirer leurs vêtements. C’est à cause de leur comportement scabreux qu’il vous faut, plus que jamais, veiller à rendre le votre impeccable. J’ai l’impression que ces dernières années, le phénomène s’amplifie, très probablement depuis l’avènement du numérique. Ne comprenez pas mal : sans l’avènement du numérique, je n’aurais probablement pas pu me mettre à la photo moi non plus, et le corps féminin est un sujet intemporel, qui mérite d’être admiré et immortalisé. Mais il suffit de jeter un œil aux tableaux qui ornent nos musées pour saisir directement la différence entre ce qu’est une photo de nu ou de lingerie, et un strip-tease face à un appareil photo. D’ailleurs beaucoup de peintures et de sculptures représentent des gens intégralement nus ou chastement recouverts de draps dans une vision de sublimation du corps humain, de noblesse physique et d’harmonie, mais rarement en train de se déshabiller : la raison en est simple. L’acte de se déshabiller était perçu autrefois comme nous percevons aujourd’hui pour la plupart le nu intégral : érotique, déplacé, voyeuriste.

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Blooming, un superbe nu par Olivier Valsecchi

Pour autant, on peut prendre de magnifiques photos de modèles retirant un vêtement. Il s’agit donc davantage de la manière dont les photos sont prises que de ce qu’elles représentent. Seulement, la photo ne triche pas. Elle montre votre intention, aussi clairement qu’un miroir. Si votre but est d’objectifier la femme, ça transparaîtra dans chaque cliché. Si votre but est de créer une image artistique, les gens seront capables de le voir avec la même netteté.
En tant que photographe, la qualité du travail est souvent le résultat de l’ambiance et du lien de confiance qui se tisse entre le photographe et son modèle. Si votre modèle se sent en sécurité pendant la séance, le résultat sera plus solide, plus intéressant. Et malheureusement, à cause du comportement déviant de bon nombre de ces photographes pervers qui outrepassent leurs droits, vous pouvez vous heurter à de nombreux cas de refus lors de vos recherches de modèles.

Voici donc les dix commandements pour éviter tout malaise, depuis votre démarchage jusqu’à l’après-séance.

1 – Soyez pro en contactant la modèle

Aucune modèle ne mérite ni n’a envie de se sentir comme un bout de viande ni comme un animal fragile à portée d’un prédateur. Quel que soit le mode de communication que vous adoptez (sms, mails, réseaux sociaux…), traitez toujours votre modèle avec politesse et respect. Ce sont des collègues, des personnes avec qui vous interagissez dans un contexte professionnel. Vous trouvez qu’elle a le physique parfait pour votre séance? Évitez de lui dire que vous la trouvez belle ou sexy, juste qu’elle correspond à votre recherche. Vous prévoyez une séance maillot de bain et avez besoin d’avoir un aperçu de ceux qu’elle possède? Précisez que vous désirez des photos non-portées, posées sur un sol ou un lit. Autant que possible, évitez de les contacter sur des plateformes trop personnelles. Cependant, si vous êtes plus présent sur les réseaux sociaux, il existe des groupes de recherche « photographe/modèle » par centaines sur Facebook. Si vous récupérez le numéro de la modèle, ne l’utilisez que pour communiquer en vue de la séance. Et surtout, le consentement est essentiel. Non veut dire non. Si la modèle contactée ne veut pas poser dans les conditions que vous établissez, terminez l’échange de manière cordiale. Une modèle n’est pas une « conne » parce qu’elle n’a pas envie de s’investir dans une session boudoir, maillot ou de nu. Et ce même si vous l’aviez expressément précisé dans votre annonce.

2 – Soyez clair et précis

Il faut toujours être ouvert et transparent à propos de tous les aspects de votre projet. J’ai des dizaines de contacts qui m’ont parlé d’une fois où le photographe n’a absolument pas fait ce qu’il avait pourtant énoncé lors de sa prise de contact, qu’il s’agisse d’un changement de thématique ou carrément de demander de révéler plus que ce qui était convenu. On ne devrait pas avoir à vous le dire, clairement, mais l’honnêteté est une obligation. Si vous désirez changer de thème ou y introduire une nuance, contactez la modèle avant la séance pour lui demander son avis, non le lui imposer. Si elle refuse, respectez son opinion. Si votre but est de faire une séance sexy, sachez que ce terme est très générique. Beaucoup de photos « sexy » pour les uns seront « vulgaires » pour les autres, et ici la seule opinion réellement importante en dehors de la votre, c’est celle de la modèle qui va figurer sur celles-ci : pensez à envoyer des liens vers des photos prises par des collègues (sur DeviantArt, Pinterest, 500px…) qui se rapprochent de l’esprit que vous recherchez afin de lui donner une idée précise de l’esthétique que vous voulez.

3 – Entourez vous

Il s’agit probablement du meilleur conseil pour inspirer la confiance, puisqu’il annihile la pire crainte de la modèle : se retrouver seule avec un homme qu’elle ne connait pas. Je vous conseille de vous entourer d’au moins une femme, qu’elle soit assistante, maquilleuse ou coiffeuse. Non seulement vous augmentez à coup sûr la qualité de votre rendu final, mais vous avez aussi contribué à désamorcer les craintes. De la même manière, soyez disposé à ce qu’elle vienne accompagnée, du moment que l’accompagnateur ne constitue pas une gêne lors de la prise des images : il vous est même conseillé d’intégrer cette information dans vos mails de prise de contact. Un photographe qui refuse toute présence étrangère sur sa séance est forcément perçu comme suspect.

Florilège de messages déplacés sur le blog de Venus (pour l’accès à ses articles sur le sujet, cliquez sur l’image)

4 – Jamais de contact physique sans permission

En tant que photographe, il n’y a aucune raison pour que vous touchiez votre modèle, et en particulier sans sa permission. Si quelque chose a besoin d’être ajusté (mèche de cheveux, bretelle…) laissez dans la mesure du possible une assistante ou la modèle s’en charger. Si elle a besoin de votre aide, elle la demandera, ne prenez pas les devants sur ce plan-ci. Dans ce cas, être rapide et précis évitera de donner l’impression que vous cherchez des excuses dans le but de provoquer le contact.

5 – Montrez lui ce que vous faites

Je ne parle pas de lui braquer l’appareil sous les yeux toutes les trois photos, mais davantage d’un visionnage après séance : la modèle a l’occasion de jeter un oeil à vos clichés et de voir que vous n’avez pas usé de votre position pour prendre de petites photos à usage personnel (une autre grande peur, loin d’être injustifiée, des modèles). De plus, autant que possible, évitez les gros plans sur les endroits sexualisés (fesses, seins, pubis), sauf si ça entre dans le cadre de votre démarche. Si c’est le cas, il est ÉVIDENT que la modèle doit en être avertie au préalable et être en accord avec l’idée.

6 – Une modèle n’est pas une potentielle petite amie

En tant qu’homme, travailler avec des femmes magnifiques est un plaisir de la vie. Vos amis vous envieront probablement un peu, et pourront même vous dire que ça doit être super facile de sortir avec l’une d’entre elles si vous en avez l’envie. Leur vision idéalisée de ce qu’est la vie de photographe, quoi. En réalité, évitez de sortir avec vos modèles. C’est l’une des meilleures choses à faire si vous voulez risquer votre réputation, en passant aux yeux des autres pour l’homme qui utilise la photo comme moyen de compléter son « tableau de chasse ». Encore une fois, ce n’est pas à vous de faire le premier pas, si la modèle avec qui vous travaillez régulièrement est intéressée par vous, elle vous le fera savoir. Et en dehors des séances. Ne soyez pas comme tous ces porcs qui espèrent que glisser des commentaires scabreux à leur modèle terrifié ou les draguer lourdement aboutira à quelque chose.

7 – Ajoutez des hommes à votre portfolio

Il semble logique de joindre votre book lorsque vous prenez contact avec une modèle. Un petit conseil pour inspirer confiance : insérez-y quelques séances masculines entre vos pléthores de photos féminines. C’est un ajout qui ne vous coûte pas grand chose et qui contribue à éviter l’impression d’avoir affaire à une sorte de prédateur. Il s’agit du seul de ces commandements à prendre avec une certaine distance : ce point de vue qui ne fait pas l’unanimité, pour certaines personnes ça veut juste dire que le photographe est plus à l’aise avec les photos de femme. Par exemple, comme le savent les gens qui me suivent, je ne suis pas une grande fan de photos d’hommes, qui doivent représenter environ 3% de mon travail. Pour autant, après avoir posé la question à quinze modèles différentes, plus de la moitié m’a assuré être parfois inquiétée par un book appartenant à un photographe masculin et composé uniquement de photos de femmes.

8 – Surveillez vos yeux et vos paroles

Encore un point qui vous paraît hyper-logique dans la théorie mais qui peut vous échapper dans la pratique. Si votre modèle se change, allez faire un tour. Si elle ajuste une bretelle de soutien-gorge ou sa jupe, détournez les yeux pendant la manipulation. Ne la matez pas des pieds à la tête. De la même manière, surveillez votre langage ! C’est une très bonne chose de complimenter sa modèle quand elle a eu une idée de pose ou que la photo est impeccable. Mais il existe une différence très importante entre le compliment professionnel et le compliment graveleux et déplacé. Si vous dites à votre modèle,même pour blaguer « t’as un sacré cul sur celle-là! », vous n’êtes pas drôle, vous êtes malsain. D’autant que toutes les modèles ne réagissent pas de la même manière : les plus affirmées vous diront d’entrée de jeu que vous allez trop loin, mais certaines n’oseront rien dire. Ce n’est pas un assentissement silencieux. C’est de la gêne.

9 – Préparez des contrats

Le contrat a pour vocation de rassurer, sur bien des niveaux. Tout d’abord, vous stipulez avec la modèle que vous êtes tous les deux d’accord sur le thème, que le nu (ou la lingerie) est accepté par les deux parties, qu’elle a un droit de regard sur vos images, qu’elle se réserve le droit de refuser la publication sur les sites et réseaux sociaux, bref il faut que vous voyiez ensemble, avant la séance, à quels codes votre collaboration va correspondre. Et vous y tenir, tous les deux. Soyez clair, pensez à tout.
Et un petit point important à voir avec elle : si votre modèle est en couple, pensez à lui demander de prévenir son copain/sa copine de la teneur de votre séance. Rien n’est plus désagréable que de recevoir des messages de menace de partenaires jaloux.

10 – Il n’y a pas que la première impression qui compte

Au bout d’un moment, cette modèle qui a bien aimé votre premier essai vous recontacte. Super! Pour autant, les mêmes règles stipulées au dessus doivent être appliquées avec vigueur, quel que soit le nombre de séances. Si elle a envie de tenter une photo un peu plus dénudée que prévu, c’est à elle de vous en faire la demande, pas à vous d’en faire la proposition, même si c’est votre dixième séance ensemble. Si vous développez des rapports amicaux dans la vie de tous les jours, c’est une chose, mais une fois en présence d’un appareil photo, il s’agit à nouveau d’une affaire professionnelle, qui exige la même rigueur.

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Malgré les conseils que je donne ici, un pervers reste un pervers. S’il veut que les choses dérapent, il s’en donnera les moyens, quitte à instaurer une fausse impression de confiance. Si le sujet de mon article vous semble un peu exagéré, je vous ai sélectionné des témoignages récoltés via ma page. Certains de ceux-ci listent des comportements dont je parle dans ma liste (sympathique au premier abord, professionnel la première fois…). Il n’y a pas de recette miracle pour se protéger de ce genre de personnes, faites attention à ne pas, involontairement, en grossir les rangs. Merci aux modèles qui ont souhaité partager leur expérience. Aucun nom ne sera divulgué. Bonne lecture, et gardez le seau à vomi à proximité.

« Un photographe me contacte sur mon Book.fr, il me montre son boulot, je lui expose mes conditions (je refuse le nu et la lingerie), on se donne rendez-vous, je viens accompagnée. Le courant passe nickel, il me propose une autre séance, en studio. J’accepte, et je vais chez lui, seule vu que tout s’était bien passé la première fois. Je me change dans une autre pièce, pour une séance mode. Il me demande si je n’ai pas envie de faire de la lingerie. Je réponds que non. Quelques semaines plus tard, rebelote. La question de la lingerie revient. Ma réponse reste la même. Il se fait plus insistant, me demande pourquoi je refuse. Je lui explique mes raisons, il a réponse à tout. Mon copain ne serait pas d’accord ? C’est pas son problème, je dois faire les choses pour moi, il n’a pas son mot à dire. Je n’ai pas envie que des photos de moi en lingerie se retrouvent sur Internet ? Il suffit de ne pas les publier, ou de mettre un mot de passe à la galerie. Je ne veux pas que des gens me voient dans ce qui est, pour moi, réservé à mon mec ? C’est un professionnel, il s’en fout de ça, ce qu’il veut, c’est de belles photos. Je suis mineure ? Il me montre des photos de demoiselles mineures en lingerie, et vante leur maturité, en disant que c’est une question d’état d’esprit, pas d’âge réel.
Je tiens bon, il flanche, j’essaye de me dire que ce n’est pas un mauvais gars, qu’il préfère juste les séances en lingerie car elles doivent rapporter plus de vues, ou que sais-je encore. On prévoit une autre séance, sur le thème du Shibari. Ça tombe bien, j’ai une tenue un peu japonisante qui ira nickel pour ce genre de trucs.
Tout se passe bien, jusqu’à ce qu’il me demande de me déshabiller parce que  » Les cordes glissent sur le tissu « . Je refuse, je propose un autre type de nœud, étant donné qu’il avait déjà réussi à en faire trois avant, même avec ma tenue. Il devient plus insistant, je refuse encore, lui disant que si il n’y arrive pas, tant pis, on a qu’à finir sur un truc plus classique avec ma tenue. Il me fait culpabiliser. Me dit qu’il a refusé une autre modèle pour faire cette séance avec moi. Je réplique qu’il connaissait mes conditions, qu’on en avait déjà parlé, que je refuse de me dénuder. On se prend la tête, je me change, je pars. Je n’aurais jamais les photos en question. »

« C‘était en 2010 à Rennes, je commençais tout juste à jouer les modèles photo… Un mec m’a contacté sur un site communautaire de modèles et photographes, on est allé boire un verre avant de faire la séance, tout se passait bien, il avait l’air réglo. Ensuite on est allé chez lui, et on a commencé la séance. Aucun problème au début, et puis au fur et à mesure de la séance ça a commencé à devenir louche… Il m’a ramené une corde et m’a demandé de m’asseoir sur une chaise pour qu’il puisse m’y attacher, les mains liées… J’étais assez timide à l’époque, je n’ai pas osé refuser. Alors je me suis retrouvée attachée à la chaise et il prenait ses photos, je me souviens qu’il m’avait serré super fort les mains, ça me faisait mal. Ensuite il m’a détachée, mais il a continué son délire bizarre en ramenant un couteau de cuisine. On avait parlé de faire une séance avec une lame, mais je pensais plus à une sorte de sabre ou de couteau « esthétique »… Tout en continuant de prendre ses photos, il me frôlait l’épaule avec la lame, en passant dans mon cou, tout en me demandant de prendre un air apeuré… Pas besoin de faire semblant, j’étais tétanisée, je n’osais rien dire. Il me demandait si je ressentais tout le « pouvoir » et les sensations que la lame pouvait me procurer… Et puis au bout d’un moment j’ai fini par lui demander d’arrêter. Il n’a pas rechigné, il m’a dit que ce n’était pas dans ses intentions de me mettre mal à l’aise… Finalement on a terminé la séance à ce moment là, il s’est excusé plusieurs fois, et je suis partie. Il ne m’avait pas l’air mal intentionné, mais franchement, je n’ai pas compris son comportement, et en quoi les scènes qu’il m’a fait faire étaient artistiques… Bref, une très mauvaise expérience, je me dis que j’ai quand même été inconsciente… »

« J‘ai été confrontée à un photographe grande gueule qui sait pertinemment que tu en es à ton second shoot, que la confiance et toi ça fait cinq, et qui te fait des reproches sur mon physique, mon absence de charisme (il m’a collé des lunettes de soleil pour ne pas qu’on voit mon regard effrayé), je devais être habillée j’ai fini nue (ce faux espoir du « si je fais ce qu’il dit ça passera plus vite et je pourrai partir »). Ensuite en plein shoot il s’est arrêté et m’a déclaré « faut que je sorte là je bande trop ». Ça c’est fait. »

« Ma première mauvaise expérience, c’est quand j’avais 17 ans, j’étais modèle depuis seulement quelques mois, et un photographe m’avait contactée via facebook. Il se disait professionnel, et voulait me faire poser pour une boutique de vêtements gothique qui allait ouvrir. Dans son book il y avait déjà quelques modèles, dont une que je connaissais plus ou moins. Je me suis dit que c’était probablement un type sérieux, malgré le fait qu’il me parle un peu trop de lui et de sa vie privée. Après quelques jours à se parler ( à savoir qu’il m’avait fait passer des heures au téléphone alors que je déteste ça ) on avait finalement décidé de se voir pour discuter plus amplement de la séance photo. L’idée était qu’on se retrouve dans Paris, comme ça se fait finalement souvent dans le milieu quand on ne connaît pas un photographe. Arrivée sur place j’ai poireauté 1h30 sous la pluie avec des espèces de gros beaufs qui me tournaient autour en tentant d’attirer mon attention. Lorsque le photographe est arrivé, dans sa belle voiture de luxe (mais probablement de location) il m’a finalement emmenée en banlieue, dans sa ville, et nous avons pris des plats à emporter et de l’alcool nous avait été servi pour nous faire patienter. Je savais que je n’aimais pas l’alcool et que ça me donnait des migraines, mais poussée par ses incitations répétées j’ai fini par boire le petit verre qui se tenait devant moi ; c’était un alcool très fort, et un quart d’heure après j’avais déjà la tête qui tournait et je commençais à avoir envie de dormir. Il m’a ramenée chez lui, dans une maison plus que miteuse, et nous a installés sur son canapé, devant la télévision. Puis il a pris la décision d’éteindre la lumière pour me « faire un massage ». J’étais complètement déboussolée par l’alcool, endormie, je n’arrivais plus à raisonner, je me laissais faire comme une grosse chiffe molle. Je ne comprenais même pas ce qui m’arrivait, et en quelques minutes j’étais nue sur son canapé, et lui qui frottait son sexe tout mou contre mes fesses. J’ai finalement eu la lucidité de lui dire que mes parents m’attendaient, qu’il fallait que je parte. C’était totalement faux, mais il m’a crue. Il m’a raccompagnée chez moi sans faire d’histoires, et a quand même osé me voler un baiser avant que je ne descende de sa voiture. »

« Un photographe – au demeurant très connu, surtout en Ile de France – avec qui je discutais depuis un bon bout de temps, m’a proposé de faire des photos. Je me suis rendue chez lui, on s’était accordés sur la tenue à mettre, et je lui avais bien fait comprendre que malgré sa prédilection pour cela, il était hors de question que je fasse du nu ou du topless – en plus de quoi j’étais mineure à l’époque. Et pourtant, au fil de la séance, il n’a pas arrêté de me demander sans cesse de « retirer ça ». Petit à petit il me déshabillait, à force de répéter ses demandes, de me reprocher de ne pas correspondre à son projet, de ne pas être sympa, etc. A force de harcèlement, j’ai fini par me retrouver avec juste ma culotte. J’étais horriblement mal, j’avais l’impression qu’on était en train de me violer, à l’époque j’étais encore terriblement pudique et j’aurais voulu disparaître. La séance s’est terminée, je me suis vite rhabillée et je suis partie. Quelques temps plus tard j’ai reçu les photos, avec un traitement dégueulasse, et sur les centaines qui avaient été faites ( dont quelques unes me plaisaient ) il n’en avait choisi que quelques unes, où j’étais topless, et visiblement très mal à l’aise. »

« J’ai été contactée par un vrai pervers sexuel, avec un faux book… et je ne m’en étais pas rendu compte. On s’était rencontrés dans un café pour discuter du projet, et bien qu’il ne m’emballe pas énormément je m’étais dit que ça pouvait être intéressant pour mon book. On était tombés d’accord, mais le photographe en question s’est mis à me parler tout le temps, par message, pour tenter de me faire craquer sur mes choix et de me faire accepter de poser nue. Il s’est mis à me dire qu’il « m’imaginait bien nue sur mon petit lit », la discussion prenait une tournure clairement dégueulasse, et il m’avait même proposé de me « payer mon temps »… j’ai réagi avant que ça dégénère et ai coupé les ponts. »

« C‘était ma quatrième séance photo, démarchée pour une collab avec un photographe assez connu. Il était convenu que je porte des vêtements de cordes, soit. Monsieur est assez pervers, soit. Mais aussi tripoteur et fourbe! Il m’a proposé de faire une suspension (nue of course). Pourquoi pas, ça semblait beau. Donc, « pour me mettre en confiance » il décide de m’attacher, mais voilà il m’attache les mains dans le dos, et je me retrouve au sol, dans une sale posture. Comme monsieur est persuadé que j’ai des faux seins et que ce serait dangereux pour une suspension accrochée sous poitrine, il décide, alors que je suis attachée et un brin sous le choc, de me tripoter les seins et de me les lécher/mordiller tout en m’expliquant que j’ai un air de parfaite petite soumise (ce qui semblait lui plaire). Tentant de rassembler mes esprit je suis demeurée calme et lui ai répondu que je n’en étais pas une, du tout! Il m’a alors détachée, expliqué qu’il voulait pas d’ennui et que si je voulais pas coucher avec lui il me violerait pas (oh joie… je suis sensée être reconnaissante?!). On finit la séance (qui a duré des heures, je n’ai rien avalé). Monsieur habtant très loin de chez moi je ne reprenais le train que le lendemain très tôt, il avait été convenu que je dorme sur place, je m’attendais à avoir une chambre d’ami ou le canapé. Quand je lui demandais où je dormais, épuisée, il m’a répondu tout naturellement dans son lit. À bout de nerfs, j’ai fini par céder, lui expliquant qu’il ne se passerait rien entre nous. Nous nous sommes couchés, je pensais enfin en voir la fin, lorsqu’il a sorti le vibro et l’huile de massage, « des fois que je change d’avis ». Il avait passé le dîner à m’expliquer combien coucher avec lui serait bénéfique pour ma carrière, et à me faire la liste des modèles qui avaient cédé à ses avances. Il ne s’est rien passé, et il a finit par abandonner, m’a jeté à la gare,récupérant une autre modèle avant même que je ne sois entrée dans mon train. »

« C’était un photographe très gentil, qui m’a offert le restau le midi, très poli, et a compris me voyant peu rassurée alors qu’il me proposait du shibari, que ça ne serait pas possible. Oui, adorable. Mais voilà shooter en djellaba parce qu’il meurt de chaud, je comprends. Nu en dessous et la vision impossible à éviter, par contre… j’ai dû détourner le regard quelques fois. »

« Un photographe me propose une séance défrayée (donc remboursement du transport), et une fois la séance terminée, à 3mn chrono du départ de mon train alors que j’étais encore sur le parking et qu’il fallait que je me dépêche, il m’annonce qu’il ne me payera pas parce que « tu comprends je suis retraité j’ai pas beaucoup d’argent ». Pas très sympa. Il était gentil, mais un peu étrange sur les bords : pendant la séance de lingerie, me voyant arborer un string, il a joyeusement baissé son pantalon devant moi afin de me montrer que lui aussi en portait un. »

« J‘ai enduré deux heures en compagnie d’un photographe très gentil qui m’expliquait ses soucis de couples, que sa femme s’en tapait un autre parce qu’elle aime le sexe mais que du fait qu’il soit gravement malade il ne peut la satisfaire pleinement, « mais enfin tant que j’ai ma petite pipe tous les soirs ça me va ». Voilà voilà… Nous sommes humains certes, mais de là à me confier ça alors que c’est la première fois qu’on se voit… »

« Il avait un book génial. Une fois sur place, je me rend compte qu’il s’avère être un parfait menteur qui, en plus de ressembler à un clodo (désolée), t’enfermes dans un clapier à lapin dégueulasse, te demande de te mettre à poils parce que « t’es plus jolie qu’habillée » alors que ce n’était pas prévu… Finalement on a fait un compromis, ce fut lingerie et topless, mais pas nu. Après enquête, ce photographe vole les photos d’autres photographes, faire poser des jeunes modèles peu expérimentées et revend les photos à l’étranger. Il a osé me demander de revenir poser pour lui car il avait un acheteur potentiel, je lui ai dit qu’à défaut de contrat si je trouvais la moindre photo je portais plainte et que je le dénonçais sur le champs comme fake (ce que j’avais fait à l’époque mais ne connaissant pas son véritable nom…), il a étrangement cessé de me harceler. »

« Un photographe m’a accueillie en décrétant que j’étais « affreusement banale en vrai, j’ai bien failli te faire remonter dans le train directement en te voyant, heureusement maquillée et habillée t’es canon ». Il m’a aussi posément expliqué que je n’étais pas « dans le mood modèle », puisque je ne me déplace pas avec trois valises juste pour une collab’ d’un set, je porte pas des lunettes noires H24, et je prends le train pas maquillée… »

« Un photographe dont j’ai repoussé les avances m’a gentiment dit « un physique pareil c’est à 20 ans mais en vieillissant tes gros seins vont tomber ». Merci. »

« C‘était avant même que je commence à vouloir vraiment être modèle… en fait c’était mon tout premier shooting, j’étais encore mineure. J’avais à l’époque un style très remarquable ce qui a permis à ce photographe de me contacter et de me proposer une collaboration. Il avait une page où on pouvait apercevoir brièvement son travail, qui n’était pas franchement extraordinaire (pour pas dire mauvais) mais qui à l’époque me paraissait beaucoup, pour moi qui n’avait jamais posé. Il était très clean dans sa façon de parler, les photos étaient convenues totalement habillée, et il voulait signer un contrat dans les règles, avec accord parental…etc. Le jour du shooting, je suis venue dans son studio (perdu dans la campagne et très glauque en passant) accompagnée de ma mère. La première heure s’est très bien passée, même si je ressentais une légère gêne (des tenues et une ambiance presque SM dans un coin du studio). C’est vers la deuxième heure que les sous-entendus ont commencé : alors qu’il était catégorique sur le nu avec les mineurs au départ, il a commencé à sous-entendre qu’on pouvait quand même obtenir des choses très belles et très douces avec le nu… Il nous a parlé du nu pendant une bonne demi-heure, avant de nous montrer sur son ordi les photos d’une adolescente posant nue… avec sa mère!! Je me suis sentie extrêmement honteuse vis à vis de ma mère présente, qui a su écourter la séance intelligemment, de manière à ce que le photographe puisse ne pas sentir insulté et que je reçoive quand même les photos de la séance, que j’ai d’ailleurs enlevé de mes publications. Cette expérience m’a profondément dégoûtée pour la suite pendant un moment et a freiné le soutien que me portait ma mère sur la photo. »

« C‘était il y a à peu près deux ans. Un photographe ayant pas mal de shooting à son actif est venu me trouver en disant qu’il désirait me faire faire un shooting. Cependant il a très vite dérivé et s’est mis à m’envoyer des vidéos de lui, obscènes, des photographies aussi… J’ai vite décroché alors que je lui faisais  » confiance  » après avoir vu ses clichés. J’ai été naïf. »

« J‘ai été contactée par un photographe suite à une annonce que j’avais posté concernant un projet qui me tenait à cœur. Ce projet contenait du nu, mais en bodypainting. Le monsieur qui m’a contactée était irréprochable et pouvait se vanter d’avoir sur son book des modèles connues dans ma région, ce qui a accentué ma confiance. On avait établi un rendez-vous préalable : il m’a montré ses travaux, on a parlé de notre vision du nu vu qu’on avait décidé d’établir une séance test, et je me suis laissée tenter par deux trois photos en clair obscur. L’homme est un habitué du genre et j’avais vu des photos dans ce style qui me plaisaient vraiment. La date venue je suis allée dans son studio : on a commencé par le clair/obscur qui m’a paru tout à fait correct, il avait même prévu le détail du peignoir pour que je puisse me couvrir dès les photos terminées. C’est au moment du bodypainting que tout a dégénéré : je devais m’appliquer de l’argile bleue sur tout le corps. Moi qui pensait pouvoir faire ça dans « l’intimité » vu qu’elle avait été respectée jusque là, je me suis retrouvée avec le photographe me fixant en train de l’appliquer. On a fait les photos, je n’étais plus franchement à l’aise, je sentais un regard pesant… Là où j’ai vraiment halluciné, c’est pour la fin de la séance. Les photos terminées , je devais aller à la douche m’enlever le bodypaint… jusque là, il m’avait toujours laissé seule pour m’habiller/déshabiller, mais il a insisté lourdement pour me suivre à la salle de bains, pour « m’aider à faire en sorte que l’argile ne bouche pas les canalisations ». J’ai pas osé dire quoi que ce soit. Il est venu à la douche et a osé me toucher pour « m’aider » à me laver. Récemment il m’a envoyé un message car il s’insurgeait de voir que je n’avais pas publié ses photos. Il n’a visiblement rien capté à son comportement, j’ai même pas tenté de lui en parler car je connais le milieu de la photo et je sais qu’on a très vite tendance à crier à la diffamation, à prendre les modèles pour des connes ou des fragiles qui ont mal pris un geste mais je n’hésite plus à en parler si on me demande. »